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Jean-Gabriel Carasso

A l’école, l’art ou son histoire ?

CARASSO, Jean-Gabriel, 2009

Il faut raconter des histoires. Puisqu’il est question ici d’histoire de l’art, je voudrais raconter quelques histoire(s) de l’art et de l’école. Histoires personnelles. Histoires collectives. Histoires qui nous permettent de nous inscrire dans l’Histoire et d’essayer de comprendre, un peu mieux, toutes ces histoires d’aujourd’hui. Histoire personnelle d’abord : je suis d’une génération qui a fait son entrée en art à l’école maternelle, par l’interprétation des « Petits nains de la montagne » en fin d’année, devant un parterre de parents ébahis. Je n’en garde que le souvenir du costume jaune et brillant et de la fausse barbe en coton hydrophile, rien de l’aventure artistique. Aucune émotion sinon la trouille au ventre. De spectacles vu dans l’enfance, presque rien ! Un petit cirque de passage, un peu de théâtre sur la place publique, à la maison deux ou trois reproductions de peintures. Rien de plus ! De nombreuses heures de musique et dessin ensuite à l’école, pour aboutir à une incapacité absolue à lire la moindre partition ou à tenir un crayon. Ce n’est que plus tard, au collège, qu’une enseignante fantasque, Mlle Gruau, nous fit travailler dans un atelier de théâtre « Le Princesse d’Escarbagnas » de Molière, « L’Ours », « Les Méfaits du tabac » et « la Demande en mariage » de Tchékhov. Tout cela en quelques mois. Une énergie considérable. Un projet démesuré mais une aventure formidable. En vérité, c’est la pédagogie et le rapport avec cette adulte créative qui demeure pour moi fondamental. Nous aurions pu jouer n’importe quel texte d’hier ou d’aujourd’hui, peu importe, c’est la manière qui fut décisive. Le projet, le processus, la démarche. Plus tard encore, au sein des CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active), je fis la 2 rencontre de Miguel Demuynck, élève de Charles Dullin, responsable des « activités dramatiques » dans ce mouvement d’éducation nouvelle. Avec lui, ce furent plusieurs années de travail et de formation sur le « jeu dramatique » - activité théâtrale basée sur la construction de canevas, l’improvisation, le rejeu… - une manière essentielle de concevoir la pratique d’un art dans sa dimension éducative. La démarche artistique comme élément essentiel d’une tentative d’expression personnelle et/ou collective. De ces expériences naîtra ma conviction profonde de l’importance du faire d’abord, faire avant tout, dans une démarche de sensibilisation et d’éducation artistique. L’activité est première pour l’appropriation d’un langage, comme l’engagement du corps et de l’esprit, de la personne entière, dans une tentative d’expression à sa mesure. C’est l’expérience qui fonde la pensée, et non l’inverse ! Observons que tout cela s’est fait sans qu’aucune dimension historique ne vienne en préalable, pas plus que l’on ne demande aux enfants d’étudier l’histoire des sports avant de frapper dans un ballon ou de courir sur un stade. Ce n’est que plus tard, lors d’une adolescence construite autour de ces pratiques, des stages de formation, du Festival d’Avignon et de la rencontre avec Jean Vilar, que je me suis plongé progressivement dans les sources et les racines de ces aventures. La découverte des aventures passées est venue enrichir un désir déjà formé. Après !

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