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Jean Caune

Art, culture : des médiations du politique

CAUNE Jean, 2004

Alors qu’il semble admettre son impuissance à impulser, ou même à réguler une politique économique, l’État à travers le ministère de la culture, son bras armé, continue d’afficher, administrativement il est vrai, sa volonté de conduire une politique culturelle. Est-ce à dire que la culture se maîtrise plus facilement que l’économie ? L’exemple récent du dossier des intermittents du spectacle vient de montrer, encore une fois, l’incapacité de l’État, ou son absence de volonté, d’intervenir dans le domaine de la production et de la diffusion artistiques, alors que les questions relatives aux conditions économiques de ces activités relèvent aussi des pouvoirs publics. Le régime d’assurance- chômage des intermittents du spectacle n’est pas réductible à une simple question de déficit comptable. Il implique une définition claire de ce qui, d’une part, relève de l’ordre de la subvention, dans le domaine de la production et de la diffusion artistiques du spectacle vivant et de l’audiovisuel, et, d’autre part, de ce qui ressort d’un pacte social qui accepte la mutualisation des "cotisations chômage". En effet, les activités de création et de diffusions artistiques, bien que soumises à l’intermittence et à la multiplicité des employeurs, s’inscrivent dans un espace-temps de la collectivité qu’elles contribuent à façonner. Ce conflit, qui a gravement perturbé l’activité des festivals de l’été 2003, a mis en évidence un certain nombre de symptômes d’une crise latente depuis une vingtaine d’années qui n’a jamais été ni nommée ni reconnue par les pouvoirs publics. Faute d’un travail réflexif concernant les rapports entre l’art et la culture, dans un contexte où la notion d’art est devenue incertaine et où le projet culturel paraît aussi absent que le projet politique, l’impuissance des pouvoirs politiques, comme d’ailleurs de celle des partis, vis-à-vis des formes des relations qui fondent l’identité nationale ne peut que se perpétuer.

La crise s’est développée dans une société qualifiée de société de l’information dans laquelle les industries culturelles imposent de plus en plus sinon leur logique de rentabilité, du moins leur logique quantitative de l’audience. La mutation, qui s’est accélérée dans les années quatre-vingt, implique une redéfinition des objectifs des pouvoirs publics. On aimerait parler, à ce propos, d’une "ardente obligation", pour paraphraser la justification de la planification qui a permis à la France d’entrer la modernité, après la seconde guerre. Sinon comment valider la responsabilité, légitime à mes yeux, de l’intervention des pouvoirs publics dans les processus d’insertion sociale des langages et des objets artistiques ?

Une politique culturelle suppose une conception de la place de l’art dans la construction d’une communauté de valeurs symboliques. Au-delà de sa conservation, si le patrimoine artistique doit être l’objet d’une transmission, c’est en raison d’une résonance qui serait encore la sienne dans l’expérience vécue. Une telle ambition, pour quitter le plan du discours, doit se préoccuper de la réception esthétique des objets artistiques qui influence les comportements culturels dans une société fragmentée de plus en plus coupée du politique. La nécessité de l’action des pouvoirs publics résulte de l’importance de la sensibilité et de l’imagination dans l’épanouissement de la personnalité et de la construction d’un sens commun, le sensus communis des humanistes du XVIIème siècle, fondement d’une identité collective. Et, quel que soit le domaine de pratiques circonscrit par sa définition, la culture intervient comme le lieu où s’élabore et se vit le sentiment d’appartenance à la collectivité. La dimension sensible de la culture demeure encore largement ignorée dans l’éducation traditionnelle, et cette carence est l’une des raisons qui maintiennent l’art en marge de la vie.

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