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Philippe Henry

Des malentendus productifs. Spectacle vivant et contexte socio-économique.

HENRY Philippe, 2005

Dans les débats actuels sur la crise de l’intermittence, plus largement sur la nécessité de redéfinir les objectifs des politiques culturelles publiques, tout autant que la place et le rôle des arts et des artistes dans nos sociétés, les arguments se réduisent trop souvent à des exhortations de principe : les arts et la puissance créatrice des artistes comme dimension individuelle et sociale majeure dans nos démocraties, support de personnalisation et d’expression singulière pour chacun, terreau de la diversité culturelle, élément du lien social… Pourtant, des voix signalent également que l’évolution récente de ces arts n’a pas « été accompagnée de la démocratisation souhaitée, les créateurs peinant parfois à trouver un public. Il convient de remettre la population au centre des préoccupations du spectacle vivant ». Mais aucune mise en perspective générale des questions réelles qui se posent n’est avancée. En particulier, l’enchâssement des arts de la scène dans une société dont les structures se modifient sans cesse et radicalement depuis plus d’un siècle ne semble pas être regardé avec une acuité suffisante, même si des observateurs attentifs décèlent bien des impasses de plus en plus flagrantes et des besoins évidents de renouvellement. L’ambition de ce texte est de proposer quelques repères d’appréhension de l’histoire et des enjeux du spectacle vivant dans notre pays, au sein d’une évolution économique et culturelle plus globale.

1 – UN LIBERALISME QUI S’EMANCIPE AU COURS DU 19EME SIECLE

Sur le plan économique, le 19ème siècle se caractérise par une double industrialisation (en début, puis à partir de la seconde moitié du siècle). L’épaulement réciproque des acteurs privés et des Etats libéraux aboutit à une privatisation de revenus considérable, au développement systématique de marchés nationaux de plus en plus organisés, qui renforcent à leur tour un commerce international en expansion. A la fin du siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, une première mondialisation se développe par croissance de la production de biens industriels échangeables sur une base géographique élargie (en particulier via les empires coloniaux). La mobilité accrue des biens matériels est également permise par celle des capitaux et des hommes. L’autonomie des acteurs privés est désormais bien réelle, mais les Etats restent encore maîtres du jeu économique et politique global. Une législation concernant la fourniture de « biens publics » apparaît à partir de 1870 (qualité de l’eau et de l’alimentation fournie, éducation de base, transports en commun, ou encore patrimoine artistique…), l’amorce d’une législation sociale à propos du travail se met en place à partir de 1890. Durant toute cette période, la liberté patronale est quasi totale et s’organise autour du trépied de l’emploi précaire, de rémunérations faibles et d’une qualification du plus grand nombre encore peu développée. A la fin du siècle et malgré les luttes sociales menées par la classe ouvrière qui se constitue alors, le droit du travail reste encore embryonnaire et essentiellement bâti en référence aux ouvriers de l’industrie manufacturière. Un droit plus contraignant ne commencera à vraiment apparaître qu’en 1936. Jusque là, la situation de salarié est encore peu précisée et encadrée. D’ailleurs et depuis 1791, il n’y a pas de réelle différence en France entre travailleurs indépendants (encore largement majoritaires dans la première moitié du 20ème siècle) et salariés astreints à un « louage de service » non protégé par des règles et droits et collectifs établis.

(...)

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