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Jean-Gabriel Carasso

Drôles de temps pour la culture

CARASSO, Jean-Gabriel, 2006

En préambule, je veux vous avouer que je ne suis pas spécialiste de la question qui nous occupe aujourd’hui. Je ne suis pas philosophe, ni historien, ni scientifique, ni sociologue. En vérité, je suis totalement autodidacte sur la question du temps qui nous rassemble. Ce que je vais vous communiquer sera donc très largement basé sur mon expérience personnelle et, s’il m’arrive d’émettre quelques propositions, merci de ne les considérer que comme des hypothèses et non comme des certitudes, moins encore des dogmes. Qui parle ? Mais d’abord, qui parle ? Je me suis construit, intellectuellement, culturellement, professionnellement, à la fois dans le monde de l’éducation, dans celui du théâtre et, un peu, dans celui de la politique. Fils de commerçants immigrés à Paris, mes parents ne savaient pas trop quoi faire de moi pendant les vacances. Un mois de juillet, ils m’ont envoyé en colonie de vacances sans imaginer que j’allais découvrir-là un monde extraordinaire, celui de l’éducation active, de l’éducation populaire, qui a marqué profondément mon existence. Depuis l’adolescence, cette préoccupation éducative, pédagogique, ne m’a plus jamais quitté. Un peu plus âgé, j’ai suivi des stages de formation pour animateurs de centres de vacances aux CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) avant de devenir moi-même « instructeur », formulation un peu militaire pour désigner les militants que nous étions. Dans ce cadre, j’ai formé de futurs animateurs, des enseignants, des infirmiers psychiatriques… A cette époque, j’ai rencontré un autre monde, celui du théâtre, grâce à Miguel Demuynck, responsable des activités dramatiques aux CEMEA. Elève de Charles Dullin, il fut l’un des premiers, au sortir de la seconde guerre mondiale, à s’aventurer dans le « théâtre pour enfants » avec le Théâtre de la Clairière, une des première troupe professionnelle spécialisée en France. Je fréquentais le même collège que son fils, avec qui nous étions amis, et me suis retrouvé un jour à peindre des tabourets pour un décor de « La Clairière », découvrant avec fascination les dessous du théâtre, les décors, les coulisses, tout ce qui se cache derrière la représentation. Un monde nouveau s’est ouvert à moi, que je n’ai plus jamais quitté. J’ai fait de la régie, j’ai été comédien avant de me lancer dans la mise en scène. J’ai créé ma propre compagnie, le Théâtre du Bonhomme rouge. Après quoi j’ai fait beaucoup de formation, jusqu’au Conservatoire national d’art dramatique où j’ai enseigné quelque temps. Dans ce chemin de vie, où le hasard tient une part importante, j’ai donc consacré une bonne partie de mon activité à la question théâtrale. Depuis une vingtaine d’années, je me suis tourné plus fortement vers les politiques culturelles. En 1985, j’ai intégré, pour trois ans, le CFNA (Centre de formation national d’Avignon) et obtenu un DESS de sciences politiques. Cette formation m’a ouvert un champ nouveau de réflexions et je n’ai cessé, depuis, de mêler ces trois préoccupations : l’éducation, l’art en général, la culture, le théâtre en particulier, et la question politique. De 1987 jusqu’en 1999, j’ai dirigé et développé l’ANRAT (Association nationale de recherche et d’action théâtrale en milieu scolaire). Enfin, je dirige depuis peu L’OiZeau rare. Je propose mes services de consultant, j’initie divers projets d’étude, tout en continuant à avoir une pratique personnelle de réalisateur, de films et DVD notamment. Voici résumé brièvement mon parcours pour que vous sachiez qui vous parle et d’où mes réflexions sont issues. Elles se situent, je le répète, au croisement des trois préoccupations énoncées plus haut.

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