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 Vincent Lalanne

Edito de la lettre d’information du réseau culture

territorial.fr, 9 mai 2014

J’avais décidé de vous écrire un long édito sur l’éducation artistique et culturelle, un édito très documenté avec plein de références et de suggestions de lecture pour faire avancer la réflexion sur cette question. Cet édito aurait commencé par une question Philippe Mérieu grande référence de l’éducation de notre pays :. « Quels enfants allons nous laisser au monde ? » Il répondait alors (en 2009) , sans la négliger, à la question clé du développement durable : « quel monde allons nous laisser à nos enfants ? ». J’aurais alors développé mon propos sur la place de l’enfant dans notre société, sur le grand doute qui nous envahit depuis trente ans ou plus sur l’éducation. Lecture globale, ou syllabique ? Semi globale ! Allons y pour la semi globale ! Ecole ouverte sur le monde ou sanctuarisée ? Semi ouverte ! Oui, mais pas trop ! Enseignements sur les fondamentaux (lire, écrire, compter) avec des méthodes éprouvées ou enseignements nouveaux avec des expérimentations... Je sentais déjà que je m’aventurais dans des méandres complexes et déjà écrits et décrits par Mr Mérieu et bien d’autres. Puis j’aurais développé sur l’éducation artistique et culturelle et cité Marie Christine Bordeaux et les grandes étapes du développement des politiques qui ont soutenu cette éducation à l’art et à la culture : sa période expérimentale, son extension et sa territorialisation, sa généralisation. J’aurais développé sur ces trois dimensions : le voir, le faire et l’interpréter. Je voyais que j’étais dans la redite et qu’il y avait déjà un très bon livre sur la question. J’aurais répondu à Mr Alimi, directeur adjoint du conservatoire de Nice, qui titrait sur Gazette.fr son article : Faut-il choisir entre enseignement artistique spécialisée et éducation artistique et culturelle ? Pourquoi choisir entre l’un et l’autre au nom de l’économie ou de critères de démocratisation, alors que nous avons la chance d’avoir un enseignement artistique de qualité et une éducation artistique et culturelle en développement ? Jouons les complémentarités et faisons grandir et l’un et l’autre au service du plus grand nombre ! Puis je serais rentré dans le vif du sujet. J’aurais créé une tension éditoriale digne du dernier épisode de Broadchurch qui vous a tenu en haleine, et explosé dans une résolution définitive de la question. Le texte de référence, quoi ! Celui qui marque les esprits et crée les enthousiasmes, et qui fait de votre éditorialiste le nouveau penseur de la question. Le buzz comme on dit aujourd’hui. Le genre de texte qu’on se refile de mail en mail...

Mais le sujet est coriace, rétif à l’éditorialiste et complexe pour celui qui s’y plonge. Dans l’actualité de cette période de fin d’année scolaire et de préparation de la rentrée il y a les fameux rythmes scolaires. Ils auront occupé l’avant scène de l’actualité, en deuxième place dans les sujets de société après le mariage pour tous. Aujourd’hui nous en sommes à leur assouplissement proposé par le nouveau ministre de l’Education Nationale, Benoit Hamon. Déjà que l’application de cette partie de la réforme n’était pas facile à comprendre, vous verrez dans cet article de Libération et surtout dans le papier de Claire Leconte que l’affaire prend une tournure que je qualifierais d’arythmique.

Ensuite il y a le nouveau socle commun des programmes pour l’école élémentaire et les collèges qui sort ce mois pour une application à la rentrée 2016. Alain Boissinot, président du Conseil Supérieur des Programmes, le décrit dans le dernier numéro du Nouvel Observateur comme « un projet d’enseignement global, et non plus saucissonné par niveaux, ce qui rendait ces programmes illisibles.(...) il n’exprime plus une ambition théorique pour un élève idéal, à l’aune de laquelle l’élève réel était toujours plus ou moins en échec ». A suivre donc...(Au moment où j’écris cet article ils ne sont pas sortis)

Ensuite il y a aussi les collectivités locales et leurs fédération (comme l’AMRF) qui cherchent à comprendre et à s’organiser pour mettre en musique (encore une affaire de rythme !) les activités scolaires, périscolaires et extrascolaires de nos enfants, dont l’éducation artistique et culturelle. Enfin il y a les acteurs artistiques et culturels qui se mobilisent sur la question plutôt dans le désordre. Le collectif "pour l’éducation, par l’art" organise deux rencontres : un forum à Lyon le 26 mai à l’ENSAT (inscription ici) et un colloque à Paris au Sénat le 23 juin à partir de 9h00 autour d’un bilan de l’éducation artistique, un an après la loi de refondation de l’école qui en a consacré les principes. La journée s’articulera autour de quatre grands thèmes : le rôle de l’éducation artistique dans le développement de l’enfant et de l’adolescent à l’ère numérique ; l’inscription des pratiques artistiques dans l’espace, le temps et les programmes scolaires ; les parcours d’éducation artistique et culturelle dans la réforme des rythmes scolaires ; enfin la mobilisation des ressources matérielles et intellectuelles, notamment en matière de formation des enseignants et des artistes (inscription ici) . Le Ministère de la Culture doit organiser des rencontres en Avignon les 7 et 8 juillet dont je n’ai plus de nouvelles. La Belle Saison a mis en place une commission de travail sur ce thème : « la place des œuvres dans les parcours d’éducation artistique et culturels ». Le Canopéea propose des informations sur son site Internet et en a fait un projet de travail...Des théâtre comme l’Equinoxe à Châteauroux organisent des rendez vous nationaux sur la question. Ils sont eu lieu les 5,6 et 7 mai, derniers...l’harmonie, je vous dis ! Mon édito s’achève, je vous ai à peine esquissé les contours de la question. Il ne fera pas référence, non, car l’histoire n’est pas finie, les ingrédients ne sont pas tous en place. Et oui, telles des plaques tectoniques dans un film catastrophe hollywoodien, les collectivités territoriales vont bouger, les clauses et compétences vont changer, le big-bang territorial approche... A suivre donc.

Voir en ligne : L’édito sur le site territorial.fr

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