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Jean-Gabriel Carasso

Entretien à « l’Hebdo des Socialistes »

CARASSO, Jean-Gabriel, 2009

Jean-Gabriel Carasso Entretien à « l’Hebdo des Socialistes » 2009

- Le chef de l’Etat a souhaité développer les partenariats entre écoles maternelles, primaires, secondaires, universités et établissements culturels pour accroître l’enseignement artistique en France. Cette attente vous semble-t-elle suffisante ? Xavier Darcos avait déjà introduit à la rentrée 2008 un enseignement de l’histoire de l’art du CP à la Terminale...

R/ Dans le combat pour l’éducation artistique et culturelle qui se mène dans notre pays depuis plusieurs décennies, disons depuis 1968, une prise de conscience s’est opérée ces dernières années dans l’ensemble du champ politique. Il était frappant, pendant la dernière campagne électorale présidentielle, d’entendre tous les candidats affirmer l’importance de l’éducation artistique, à la fois pour le système scolaire et pour l’évolution de l’action culturelle. Que le Président de la République reprenne aujourd’hui ce sujet est donc attendu, ce thème était déjà au coeur des « lettres de missions » adressées aux ministres de l’éducation nationale et de la culture. Le développement des partenariats entre établissements scolaires et structures culturelles est évidemment une bonne chose, c’est ce que de très nombreux militants ont expérimenté et demandé depuis des années. Toute la question est de savoir ce qui se cache derrière ces déclarations d’intention, quel est le sens de ce travail et quels sont les moyens mis en oeuvre pour parvenir à ces objectifs. Là, nous sommes évidemment loin du compte.

- Qu’entendez-vous par éducation artistique ?

R/ J’ai longuement développé cette question dans plusieurs ouvrages.1 Pour faire simple, si nous parlons depuis fort longtemps « d’éducation artistique et culturelle », c’est pour nous démarquer d’un « enseignement artistique » vertical et académique traditionnel. Plus exactement, pour mettre l’expérience sensible (et si possible collective) au coeur de l’éducation, à la place de la seule acquisition de savoirs. Une éducation artistique idéale marche sur trois pieds : faire, éprouver, réfléchir. Il faut d’abord faire, dessiner, chanter, jouer… L’enfance de l’art, c’est d’abord l’art de l’enfance, la pratique, l’expérience vécue d’une expression artistique personnelle. Il est souhaitable ensuite d’éprouver le contact aux oeuvres, quelles qu’elles soient : écouter, livre, regarder, assister à des spectacles, des concerts, visiter des galeries, des musées, des architectures. Enfin, ces expériences ne prennent véritablement sens éducatif que par un travail de réflexion, d’appropriation, de mise en contexte. Malheureusement, l’approche prioritaire actuelle se concentre sur « l’histoire des arts » comme préalable. Comme si on décidait de faire de l’histoire des sports avant toute pratique sportive !

(...)

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