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Jean-Gabriel Carasso

Le théâtre pour l’enfance en questions...

CARASSO, Jean-Gabriel, 2008

Note sur la rencontre professionnelle tenue à Sevran les 17 et 18 décembre 2008

DU THEATRE EN QUESTIONS

A entendre les témoignages des artistes français et étrangers présents lors de ces rencontres professionnelles, on est d’abord frappé par la permanence des questions qui traversent le théâtre pour l’enfance depuis quelques décennies. Au fond, le théâtre pour l’enfance se caractérise sans doute par ce questionnement permanent. C’est un théâtre inévitablement tourné vers la recherche, le laboratoire, l’expérimentation de ce qui constitue sa nature même – quel théâtre ?- , comme du mystère de l’enfance – pour quels enfants ?- Ayant participé à l’émergence de ce théâtre en France à la fin des années 60 et dans les années 70, je me souviens avoir longuement débattu à l’époque de ces questions fondamentales qui vous traversent aujourd’hui encore.

1- De quoi parle-t-on ? Quels sont les contenus spécifiques, souhaitables ou possibles, pour construire des spectacles pour les enfants, notamment les plus jeunes ? Jusqu’où peut-on s’aventurer dans l’intimité du propos, la sexualité, les émotions, l’enfance, la naissance, la mort, la poésie… ? Convient-il de rechercher plutôt un théâtre « du dedans » ou un théâtre « du dehors », selon les termes souvent utilisés par le grand pédagogue théâtral Jacques Lecoq ? Un théâtre de la personne ou du personnage ? Du jeu ou de la réalité ? De l’intimité ou de la sociabilité ? Si l’enfant est un être particulièrement sensible, il est aussi un être social, comment rentre compte de ces deux aspects ?

2- A qui parle-t-on ? Quelle est cette « enfance » à laquelle nous souhaitons nous adresser ? A quel âge, cela commence ? A la crèche ? A l’école maternelle ? A l’école primaire ? Et à l’autre bout de la chaîne, à quel âge cela se termine ? Existe-t-il un théâtre spécifique pour l’adolescence ? Est-ce aux enfants d’aujourd’hui que l’on s’adresse et/ou à l’enfance de chacun, qui est alors de tous les temps ? S’agit-il de toucher chaque individu isolément, ou l’ensemble d’un groupe (d’une classe) collectivement ? Quelle peut-être la place de l’adulte accompagnateur, des enseignants, des éducateurs, des parents ? Faut-il un public homogène et/ou un public mêlé d’enfants et d’adultes ? Mais alors dans quelles conditions ?

3- Comment parle-t-on ? Quelles formes, quels langages, quelles dramaturgies peut-on (fautil) mettre en oeuvre pour aborder ces publics particuliers ? Faut-il se plier à des codes établis – le récit, le conte, la fable – et/ou se tourner vers les techniques les plus modernes – la vidéo, les métissages de la danse, de la musique, des formes animées – qu’ils fréquentent notamment à travers la télévision ou les ordinateurs ? Doit-on se tourner, selon les termes de l’auteur dramatique Michel Vinaver, vers un « théâtre machine », structure complexe mais construite et/ou vers un « théâtre paysage » laissant plus de place à l’imaginaire du spectateur invité à construire lui-même son discours ? Doit-on se tenter de rester le plus concret possible ou, au contraire, s’aventurer vers la plus grande abstraction, dans l’image ou dans les mots ? Quelle place pour le corps – de l’acteur, du spectateur- dans ces créations ? Mais aussi, quels processus pour la création de ce théâtre ? Quelle peut-être la place des enfants euxmêmes dans ces processus ? Catherine Dasté construisait ses spectacles à partir des histoires inventées et dessinées par des enfants, d’autres ont écrit des textes à partir d’enquêtes menées auprès de groupes d’enfants, etc. Faut-il – ou non – faire avec les enfants d’aujourd’hui des « bancs d’essais » pour s’assurer de la justesse d’une entreprise théâtrale qui leur est destinée ? Ou au contraire, se garder de toute tentation de ce type et s’adresser à eux en tant qu’adulte, sans aucun compromis éventuel ?

4- Dans quels cadre parle-t-on ? Les enfants ne viennent jamais seuls ni spontanément au théâtre, ils sont inévitablement accompagnés, donc dans un cadre spécifique : la classe, le centre de loisirs, la sortie familiale… Quel cadre est le plus approprié à l’expérience du spectateur ? Le matin ou l’après-midi ? En temps scolaire ou en soirée ? Dans un théâtre ou dans des lieux autres investis (la bibliothèque, la salle de classe, la rue, la ville…) Autant de variations possibles de l’aventure. Ces questions, et quelques autres, ne sont pas neuves et se posent depuis longtemps. Des artistes comme Miguel Demuynck et son Théâtre de la Clairière, qui fut dès 1948 un des pionniers en France, Catherine Dasté et sa Pomme Verte, Maurice Yendt et son Théâtre des Jeunes Années, Henri Degoutin et sa Comédie de Lorraine, et bien d’autres, dans les années 60/70, se les posaient déjà. Les écrits de l’époque en témoignent en partie1. Ces interrogations ne se sont pas posées seulement en France. La Belgique, L’Allemagne, le Québec, l’Italie, aujourd’hui la Suède, partagent ces problématiques qui ont permis de développer, au fil des ans, dans tous ces pays, un mouvement important de recherche et de création de spectacles en direction de l’enfance.

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