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Philippe Teillet

Les Agendas 21 : de nouvelles façons de faire des et de la politique(s) ?

TEILLET Philippe, 2007

Cette intervention introductive examinera en « plan large » les questions spécifiquement politiques posées tant par les principes du développement durable que par l’outil imaginé pour sa mise en oeuvre : les Agendas 21. Un double « pas de côté » sera donc imposé vis-à-vis du thème de cette journée d’étude : d’une part, en ne traitant pas seulement de ce qu’on appelle les « Agendas 21 Culture », d’autre part, en regardant moins le contenu des Agendas 21 que les processus qu’ils impliquent.

Il faut dire que le développement durable (DD) est un objectif difficile à définir avec précision. Plus chantier à mettre en oeuvre que but précis, il s’accompagne en outre d’une terminologie passablement absconse (un développement durable est-il un développement qui dure ?, qu’est-ce qu’un « agenda » ?, pourquoi « 21 » ?, etc.). Mêlant à la fois un certain pragmatisme et un souci d’efficacité, une dimension technique mais aussi un certain nombre de valeurs, il peut laisser l’impression de privilégier les unes (des procédés ou procédures) au dépend des autres (les perspectives sur le long terme, un nouveau modèle de société et de développement), ou l’inverse (brasser des avenirs radieux en oubliant les contingences actuelles). Il est par ailleurs très complexe, comme l’y invitent ses différentes dimensions (les fameux « piliers » économiques, sociaux et environnementaux du DD), de porter des regards croisés jugeant le développement économique du point de vue de ses conséquences sociales ou environnementales, les politiques sociales en les rapprochant de leurs effets sur le développement économique et la protection des ressources naturelles, les ambitions environnementales au regard de leurs effets sociaux et économiques, etc. Il peut en résulter une situation d’hyper choix absolument paralysante ou dont on ne pourrait sortir qu’en décidant malgré de nombreuses incertitudes, voire en fixant, à rebours de l’égalité de principe des trois piliers, l’un d’entre eux comme prioritaire, supérieur aux deux autres. Enfin, il semble depuis quelques temps que la cause du développement durable soit de plus en plus souvent dépassée, débordée par celle du changement climatique.

Pour réduire un peu les effets intimidateurs de cette complexité, on observe d’abord que de nombreuses politiques publiques ont déjà été en mesure d’associer ces différentes dimensions sans pour autant se réclamer du DD. Ainsi, dans le cadre des politiques environnementales, les enjeux économiques n’ont en général pas été oubliés (quitte parfois à s’imposer sur la préservation voire l’amélioration de la qualité de l’environnement). De plus, les Agendas 21 (A21) sont des outils mobilisables par différentes catégories d’acteurs sociaux, à différents niveaux d’action. Ils sont de cette façon susceptibles de faire du DD une réalité concrète, parfois de façon exemplaire, témoignant d’une responsabilité partagée et de possibilités d’agir pour chacun. C’est pourquoi, pour reprendre ici une expression de Pierre Lascoumes à son sujet1, le DD constitue une illusion motrice : illusion par l’incertitude de sa définition et les difficultés de sa réalisation, motrice car capable d’inviter un grand nombre d’acteurs sociaux à une mise en mouvement.

C’est en ce sens que l’intérêt porté au DD et aux A21 peut concerner les processus, les façons de faire, qui sont doublement politiques : d’abord parce qu’il s’agit de produire des politiques publiques (même si plus que d’autres elles ont vocation à impliquer aux côtés des acteurs publics des acteurs privés comme des ONG, des citoyens ou des entreprises), ensuite parce qu’il s’agit d’une façon de produire de l’ordre dans la société autour d’un diagnostic et de valeurs partagés et d’actions concertées. Il s’agit donc de faire des et de la politique(s).

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