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Jean-Gabriel Carasso

Pour une politique de l’enfant spectateur. Réflexions sur le théâtre pour l’enfance et la jeunesse.

CARASSO Jean-Gabriel, 1988

POUR UNE POLITIQUE DE L’ENFANT SPECTATEUR in « Théâtre Public » n°82-83 Octobre 1988

A Lyon, en juin 87, ont eu lieu les 6e Rencontres Internationales du Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse (RITEJ) organisées par le Théâtre des Jeunes Années, en co-production avec la ville de Lyon. Parce qu’il rassemble, sur le thème du Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse, 12 pays, 14 compagnies, 17 spectacles, 90 représentations, plusieurs centaines de visiteurs français et étrangers (32 nations représentées), de nombreux journalistes et quelques milliers de spectateurs, ce festival est l’un des plus importants au monde dans ce domaine. Les R.I.T.E.J. constituent, pour la France comme pour de nombreux pays, ce« rendez-vous emblématique » qu’évoquent leurs directeurs, Maurice Yendt et Michel Dieuaide. L’événement est d’importance. Pour autant, le Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse pose, encore et toujours, question. L’observateur se trouve, face à ce phénomène, dans une situation souvent ambiguë. Inconfortable. Entre la position condescendante et absurde, qui affirme : C’est pour les enfants, c’est formidable ! et son opposée tout aussi absurde : C’est du théâtre "normal", jugeons-le selon les mêmes critères que tout autre théâtre, le coeur (et la raison) du critique (et souvent du bailleur de fonds, ce qui a d’autres conséquences !) balance. Que faire ? Comment se situer ? Assistant aux Rencontres de Lyon, je n’ai pas échappé à la règle. Bien que coutumier de l’aventure, me voici perplexe. Plus qu’une analyse déterminée des spectacles, plus qu’une observation sur les tendances actuelles de ce théâtre (d’ailleurs difficiles à déterminer après ces rencontres), c’est la notion même de Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse que je voudrais interroger ici : à nouveau. Dire ce qu’il en est aujourd’hui, de sa spécificité, des perspectives souhaitables. Mais au préalable, deux mots sur la double dimension fondamentale qui le constitue, et qu’il convient d’avoir à l’esprit.

1/ LA DOUBLE DIMENSION Les manifestations du Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse : créations de spectacles, diffusion, festivals, revendications, associations, analyses, discours ... bref, tout qui fait que ces pratiques constituent un mouvement cohérent, identifiable, déterminé, véhiculent deux idées, deux messages distincts qui, parce qu’ils sont en permanence mêlés, brouillent la réflexion. Les dés sont pipés et le débat avec. Une première idée, fondamentalement juste, généreuse, consiste à revendiquer pour les enfants le droit élémentaire d’assister à des représentations théâtrales vivantes. Revendication essentielle, première, qui refuse l’exclusion de l’enfance du champ de la perception artistique. Qui oserait s’opposer à cette ambition ? Comment ne pas accepter que les enfants soient, aussi, les spectateurs potentiels d’un théâtre pour la cité ? Comment ne pas admettre qu’il convient de mettre en oeuvre, dans cette perspective, des stratégies particulières pour ce public particulier ? Le "Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse" veut avant tout "donner à voir du théâtre aux enfants", à un maximum d’enfants, dans un projet tant de "démocratisation" que de "formation artistique". De ce point de vue, la critique faite en son temps à la conception vilarienne (et au mouvement général de la Décentralisation) dans le début des années soixante-dix, à une époque d’émergence forte du "Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse" en France, était fondée. Comment pouvait-on prétendre en effet faire un théâtre "populaire" en ignorant et en laissant de côté un pan aussi large de la population ? Cette position n’était pas tenable. Vilar lui-même le reconnut, de fait, en invitant Miguel Demuynck et les CEMEA à organiser dès 1969 au Festival d’Avignon, des "Journées de Théâtre pour les Jeunes Spectateurs". Considérant ce premier point de vue, le droit de l’enfant au théâtre, on ne peut que comprendre, encourager, soutenir, tous ceux qui, dans des conditions matérielles toujours difficiles (les enfants sont petits, donc les budgets aussi !), consacrent leur énergie, leur talent, à la mise en place et au développement de ce projet. Ils tentent de réduire une inégalité fondamentale, d’interroger le statut de l’enfance dans la société, dans son rapport à l’art en général et au théâtre en particulier. En ce sens, ce projet devrait sans doute constituer une priorité.

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