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Jean-Gabriel Carasso

Questions pour la culture

Intervention aux CEMEA

QUESTIONS POUR LA CULTURE Intervention CEMEA 28 décembre 2002

Le 21 avril 2002 n’en finit pas de propager ses ondes de choc. Le champ culturel n’échappe pas au débat. Qu’en est-il de sa responsabilité ? La fracture culturelle, ravivée à l’occasion de ces élections, serait-elle une conséquence de la politique culturelle élitaire (fut elle pour tous comme disait Antoine Vitez) menée depuis bientôt 50 ans dans notre pays, ou à l’inverse, le résultat d’un manque d’efforts suffisants dans ce domaine ? Faudrait-il définitivement en finir avec Malraux et le projet de démocratisation de la culture, qui lui est attaché, fondement de toutes les politiques culturelles mises en oeuvres depuis des décennies, ou au contraire, y revenir avec plus encore de détermination ? Bref, que devrait être aujourd’hui une politique culturelle adaptée, répondant à la fois à la nécessité d’une création vivante, résistante aux forces de l’uniformité marchande internationale et audiovisuelle et, en même temps, soucieuse de l’identité et du développement culturel de chaque citoyen, comme de la société dans son ensemble ? Parions que ces questions, et quelques autres, qui courent dans le milieu culturel depuis fort longtemps, ne manqueront pas de nourrir nombre de débats et colloques à venir. Aussi complexes et pertinentes soient-elles, elles demeureront cependant en-deça des enjeux si l’on ne mène pas, dans le même temps, une indispensable réflexion sur le sens même de l’action et des politiques culturelles publiques. A quoi sert, en effet, dans un pays comme le nôtre, la multiplication des efforts pour que vive et se développe une vie artistique et culturelle ample, forte, cohérente ? La démocratisation culturelle, certes ! Mais de quelle démocratisation et de quelle culture s’agit-il ? Pour quels objectifs ? Avec quels moyens ? Du paradoxe à la crise Le bilan de la période qui s’achève (en gros, cinquante années de développement culturel) est paradoxal. Au regard des structures mises en places, des institutions créées, de l’aménagement du territoire, de la professionnalisation du milieu, la démocratisation culturelle peut être considérée comme un succès. Jamais il n’y eut autant de projets, d’actions, d’investissements humains et financiers, d’institutions, de structures, de collectivités engagées… Nombre de pays voisins nous envient le maillage culturel réalisé dans notre pays et la diversité des actions qui sont menées. En revanche, la démocratisation sociale (voire générationnelle) annoncée s’avère limitée. Toutes les enquêtes menées sur la fréquentation et sur les publics concernés, le démontrent. Ce sont les mêmes 15 à 20 % de la population, classes moyennes, diplômées, qui fréquentent les établissements culturels et les grands événements, qui écoutent des disques, qui lisent des livres, qui vont au spectacle… Hormis la télévision, qui pénètre plus de 95% des foyers, l’élargissement des publics, la conquête des milieux populaires, demeurent pour l’essentiel une utopie, certes utile pour l’action mais, semble-t-il, insaisissable.

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