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Jean-Michel Lucas

Quimper. États généraux de la culture

LUCAS Jean-Michel, 2008

« Nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients »
Nietzsche cité par Richard Strauss sur la partition d’ “Ainsi parlait Zarathoustra”

Il est aujourd’hui fréquent, pour ne pas dire banal, de prendre le temps de l’échange et du dialogue pour mieux concevoir la politique culturelle du territoire. On doit s’en féliciter car une telle approche montre que la culture est devenue une affaire très sérieuse pour les collectivités locales. On connaît les chiffres dans leur puissance évocative. Quand l’Etat peine à atteindre le 1% de son budget pour la culture, les municipalités affirment leur détermination, avec des moyennes dépassant 15% pour les villes de plus de 150 000 habitants et près de 10% pour les villes de 10 000 à 150 000 habitants. Fort de ces performances, beaucoup pensent que la politique de la culture est solidement installée dans les villes sinon dans les campagnes, qu’elle a gagné un droit de cité indubitable et que l’enjeu culturel premier est maintenant de bien gérer ces ressources culturelles publiques mises au service des habitants. En tout cas, de « mieux gérer » car la très grande part des dépenses culturelles des villes est chaque année est pré-affectée sinon rigidifiée, au point qu’il n’y a quasiment plus de marges pour envisager d’ouvrir de nouvelles voies de politique culturelle. Revendiquer être un « bon gestionnaire » de ces acquis, est sans doute un bon argument pour être pris au sérieux, surtout dans un moment où les politiques publiques sont de gré ou de force embarquées dans un grand mouvement d’évaluation.

Pour autant, il n’est pas tout à fait certain que cette stratégie soit la meilleure entrée pour construire l’avenir des interventions culturelles publiques. Pour une raison connue de tous et qui justifie parfaitement les états généraux que vous organisez ici : les interventions des collectivités locales concernant la culture sont tellement disparates qu’il serait bien naïf de croire que la politique culturelle repose sur des fondations homogènes garantissant sa longévité. Le service public de la culture, comme on dit souvent, cache derrière l’affichage d’une politique culturelle une et indivisible pour tous, des acteurs qui ne poursuivent pas le même idéal et défendent des intérêts fort divergents.

D’ailleurs, les spécialistes des politiques culturelles municipales ont l’habitude de dire que la politique culturelle d’une ville est le résultat de la multiplicité des pressions et rapports de force que des groupes d’acteurs exercent sur le pouvoir local .... ce qui, on le comprend, transforme les débats sur la politique culturelle en grand champ de bataille où le plus fort gagne et le moins fort attend son tour. Ce que j’aurais pu aussi nommer une politique catégorielle de la culture.

Ce n’est pas ce que l’on peut souhaiter pour ces Etats généraux quimpérois.

L’approche par les forces sociales, avec les rigidités qu’elles ont négociées à leur bénéfice au sein de la politique culturelle, est sans doute aussi vraie que juste, mais, dans une société de droit qui tient à ses bases démocratiques, on doit quand même croire que la politique culturelle ne se réduit pas à un coupe gorge régi par la loi du plus fort. Si elle veut dans l’avenir être digne de ce nom, la politique publique de la culture doit pouvoir se construire (se reconstruire) sur des valeurs d’intérêt général aussi universelles que possible, en tout cas clairement formalisées et définies dans la transparence.

Il faudrait donc se donner la peine d’expliciter les finalités poursuivies au nom de l’intérêt général et accepter d’en débattre, à toutes les échelles des territoires, au-delà des données gestionnaires actuelles. De plus, dans un contexte d’hégémonie des politiques d’évaluation des politiques publiques, il est sans doute salutaire de se prêter à l’exercice, en mettant en débat public les « bonnes raisons » d’intérêt général qui légitiment une intervention publique en direction de choses « culturelles », sans oublier de pointer faiblesses et insuffisances, qui font perdre leur crédibilité aux discours oecuméniques sur les bienfaits de la culture pour la société toute entière.

(...)

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