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Jean-Louis Fabiani

Un nouveau souffle pour la politique culturelle

FABIANI Jean-Louis / Interview BOURMEAU Sylvain, Libération, 2011

Directeur d’études à l’EHESS et professeur à la Central European University de Budapest, le sociologue de la culture Jean-Louis Fabiani fut aussi, un temps, directeur des affaires culturelles en Corse. A l’occasion du Forum de Libération à Avignon, dont il observe depuis de longues années le Festival, il tente une mise à plat de la politique culturelle.

POURQUOI LE CADRE GÉNÉRAL DE LA POLITIQUE CULTURELLE NATIONALE, FIXÉ IL Y A TRENTE ANS LORS DE L’ARRIVÉE DE LA GAUCHE AU POUVOIR, DEMEURE-T-IL LA RÉFÉRENCE ?

Il y a là une sorte d’énigme. Dans un livre publié en 1996 et réédité en 2004 , Philippe Urfalino a fait le constat impeccable de l’épuisement de la notion spécifiquement française de « politique culturelle », inventée en 1959 sous le ministère d’André Malraux puis requalifiée à gauche et dotée de moyens supplémentaires durant le premier ministère de Jack Lang, entre 1981 et 1986. Durant ce gros quart de siècle, des moyens d’action spécifiques et des formes de justification idéologique ont été mis en place. L’action culturelle d’André Malraux et le développement culturel de Jack Lang ont eu en commun trois piliers. D’abord, un partage entre l’éducatif et le « sensible », qui assurait à la Culture un domaine spécifique, beaucoup plus vaste que celui que commandait l’ancien secrétariat aux Beaux-Arts sous les Républiques précédentes : l’école n’était pas en mesure d’assurer la transmission des valeurs esthétiques et devait être suppléée par l’action culturelle. C’est le sens du célèbre adage malrucien : « L’école apprend à connaître Racine, la culture apprend à l’aimer. »

Ensuite, il s’agit de « rendre accessibles les chefs-d’oeuvre de l’humanité au plus grand nombre de Français », c’est l’impératif de démocratisation, dont il faut signaler qu’il s’appuie sur la solidité d’un canon culturel ; il existe un stock bien défini de valeurs culturelles universelles, qu’il s’agit de diffuser. Enfin, troisième pilier, peut-être moins connu du grand public, c’est l’impératif de professionnalisation des intervenants de la culture, artistes et autres opérateurs. La culture est une affaire aussi sérieuse que les autres dans l’espace des professions, et la légitimité de l’intervention ministérielle est à ce prix. Ce socle d’origine va être intensifié lorsque Jack Lang va arriver au ministère de la Culture. On assiste à la réaffirmation du partage entre l’ordre du sensible et l’ordre scolaire, à la transformation de l’action en développement culturel et à la reconnaissance accrue des artistes professionnels par le pouvoir politique.

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